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Expédition Tlemcen 2011 (Algérie)

Exploration de la Tafna (Ghar Boumaaza) et Kaf El Kaoues

  Si Tlemçen a été choisie pour être la capitale de la culture islamique en 2011, ce n’est surement pas fortuit. Cette région de l’ouest algérien détient près de 70% du patrimoine arabo-musulman Algérien, elle est connue aussi pour ses merveilles naturelles, plages paradisiaques comme Ghazaouet ou Agla, ses hauteurs surplombants la mer et ses vastes étendues, ainsi que par des grottes mythiques comme la grotte aménagée de « Beni Aad », la grotte de « Kef Elkaoues » et la fameuse rivière souterraine « La Tafna ». Tlemçen, ville du patrimoine par excellence, patrimoine culturel et patrimoine géologique.

  Après un premier contact, lors de l’expédition Anou Boussouil 2010, avec nos amis spéléologues algériens, et sur invitation de l’Association de Spéléologie et des Activités de Montagne de Bejaia, le Spéléo Club  Zaghouan (représentant la maison de jeunes de Zaghouan et l’Association de Spéléologie de Zaghouan, nouvellement créée) a participé du 29 septembre au 03 octobre à l’expédition d’exploration  de deux grottes mythiques de l’Ouest Algérien. L’expédition pour ces grottes avait pour objectifs :
•    l’exploration de la Tafna jusqu’au siphon (4000m sur 18000m de développement)
•    l’exploration du réseau sud de la grotte « Kef Elkaouss » et la recherche du passage vers le réseau nord.

La Tafna

  L’équipe tunisienne a pris son envol vers Alger pour être récupérée le lendemain matin par l’équipe algérienne, les retrouvailles étaient chaleureuses après une année d’absence. Nous prenons ensemble la nouvelle et remarquable autoroute Est-Ouest, destination Tlemçen. On était 11 personnes au total, la gente féminine était de la partie en la personne des deux ravissantes demoiselles Fériel et Karima. Après 5 heures de route, on s’arrête pour quelques courses à Tlemçen, capitale de la culture islamique 2011, puis direction la route de Sebdou en passant par Terni pour arriver à destination au coucher de soleil.


   Un panneau sur la route indique « Ghar Boumâaza », du nom d’un martyr tombé non loin de la grotte. La zone est karstique par excellence, située sur une colline couverte d’une végétation clairsemée. Du côté gauche de la route nationale 22, reliant Tlemcen à Sebdou, l’on peut observer à son entrée, un énorme trou creusé dans la roche qui donne, vers l’extérieur, sur un oued et, vers l’intérieur, sur une rivière souterraine appelée la Tafna.
On installe le camp de base au dessus de l’entrée de la grotte. Le lendemain matin, les choses sérieuses commencent chacun prépare sa combinaison néoprene et vérifie le gonflement de sa bouée en plus du canot de Hamid, Douli s’est proposé pour rester à la surface. L’exploration avait pour but d’atteindre l’unique siphon de la grotte situé à 4km de l’entrée.

La Tafna - Algérie

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On entame la progression en début d’après midi. L'entrée de la grotte est constituée par une nappe d'eau d'environ 7 mètres de largeur que surplombe un rocher de calcaire dur affleurant presque, en été, la surface de l'eau, sauf en un point de la partie de gauche où la différence de niveau est plus grande et atteint une quarantaine de centimètres environ. Etroites ou larges, basses de plafond ou élevées, les galeries de la grotte offrent un spectacle varié : couloirs, chambres hautes, salles, vasques, bassins avec stalactites et stalagmites. La partie visitée est une ouverture qui se présente sous la forme d’un porche béant large de 50m et haut de 9m, avec une voûte calcaire épaisse. Le premier tronçon de la galerie explorée a 470m de longueur suivant une ligne brisée où s’alternent parties submergées et parties sèches. Le lac d’entrée est suivi par la galerie «des chauves-souris», le «couloir des éboulis» et la «salle des piliers». Le lac coudé est suivi à son tour par une galerie encombrée d’éboulis. Le deuxième tronçon exploré constitue la véritable rivière souterraine presque ininterrompue sur plus de 3,4 km depuis le «lac des îlots» jusqu’à la «galerie Tantale».

La première exploration de la grotte de Ghar Boumâaza remonte à 1931 par Henry MARCEL qui était à la recherche de réserves en eau pour la production d’énergie électrique et pour l’irrigation. De 1931 à 1959, plusieurs autres expéditions sont faites par des explorateurs ayant réussi à passer le siphon principal et parcourir une distance de 4 km. Les expéditions ont été reprises en 1982 avec des objectifs plus précis visant l’étude de la topographie, de l’hydrochimie, de la géologie, etc...). la topographie actuelle fait état de plus de 18 km de développement et selon M. Bernard COLLIGNON, l’un des derniers spéléologues à y entrer ça continue surement.

  Notre progression s’effectue plus ou moins rapidement grâce à Rédha El Anka qui est venu en reconnaissance en Mai dernier avec Rédha ATTIA et qui ont fait quelques centaines de mètres. Le premier lac, qui mesure environ une centaine de mètres de longueur sur une largeur variant de 4 à 8 mètres et avec une profondeur qui atteint par endroits jusqu'à près de 6 mètres (ce même maximum se retrouve dans le second lac et dans le troisième) est situé sous une voûte dont la hauteur varie entre  40 cm et 10 mètres environ.Il est suivi d'un tunnel d'environ 700 mètres de longueur et 4 mètres de hauteur moyenne de voûte et semé de blocs glissants.

  Le second lac est, à peu près, aussi long que le premier, mais avec une largeur d'environ 15 mètres et une hauteur de voûte variant entre 10 mètres et 15 mètres. L'eau de ces lacs est d'une étonnante limpidité. On y distingue d’une façon parfaite tous les détails des rochers du fond.  à la lumière des lampes électriques de Hamid qui progresse sous l’eau muni de son équipement de plongée. Après ce second lac, second tunnel, d'environ 200 mètres de longueur et 12 à 15 mètres de hauteur de la voûte. Les blocs de rocher calcaire y sont encore plus volumineux que dans le premier. Le troisième lac peut mesurer 2.000 mètres de longueur sur une largeur de 4 à 6 mètres et une hauteur de voûte de 3 à 4 mètres. La profondeur y est analogue à celle des deux premiers.


La Tafna - Algérie

  Après ce troisième lac, troisième tunnel, extrêmement accidenté et qui mesure environ 250 mètres de longueur. Enfin, pour la quatrième fois, on retrouve l'eau et ce, jusqu’au siphon. D'ailleurs il ne s'agit plus, à proprement parler, d'un lac, mais d'une importante nappe coupée de deux chutes, dont l'une est très belle.

Apres l’escalade de la première cascade, le passage devient particulièrement difficile, la voûte s'abaissant à 80 cm et même plus. Ensuite, c'est à nouveau la rivière profonde, toujours contre un faible courant, mais sous des milliers et des milliers de stalactites qui pendent jusqu'à l'eau, et entre lesquelles il est assez difficile de naviguer.

Une deuxième cascade se présente, barrant le lit de la rivière suivant un angle de 45 degrés par rapport à son axe. Cette nouvelle cascade passée, ce sont de nouvelles forêts de stalactites. Puis, sur un bon kilomètre, la rivière se rétrécie sous une voûte atteignant 30 ou 40 mètres de hauteur. La largeur du courant n'est plus que de 2 mètres à 2,5 m. Ensuite apparait une salle spacieuse ; puis la rivière reprend une largeur moyenne ; la voûte est hérissée, cette fois, non plus de stalactites, mais de longues pointes de rochers très aiguës et arrivant presque au niveau de l'eau.

Enfin, après un dernier passage analogue à celui de l'entrée, 40 cm de hauteur de voûte c'est, dans un décor de théâtre le fond, le siphon. Il mesure environ 10 mètres de largeur. L'eau y est d'une limpidité absolue et d'une belle couleur bleue.
La profondeur aux abords immédiats du siphon ne dépasse pas 6 mètres.

L’équipe est sortie vers 2h du matin, elle a progressé 8 heures pour atteindre le siphon à 4km et 6 heures sur le chemin du retour. A la sortie tout le monde était content et satisfait.

Kef Elkaouss

  Objectifs atteints pour La Tafna, destination « Kef Elkaouess ». Départ le matin pour Honaine, à 50 km de Tlemçen du coté de la mer, on choisit de passer la nuit sur la paradisiaque plage de Agla. Arrivés au début de l’après midi sur la plateau au dessus de la grotte avec une vue merveilleuse au dessus de la falaise sur la plage d’Agla avec ses grands rochers sortis de la mer comme des sirènes. On installe le camp, puis une petite réunion s’impose avant d’attaquer la grotte.

  Une première équipe composée de Fériel, Karima, Kamel, Fateh, Rédha Alaanka, Abid, Hanafi, Ghassen et Meher attaque la descente de la falaise qui n’est pas simple du tout et même un peu périlleuse par endroit pour arriver à l’entrée de la grotte. La première difficulté de « Kef Elkaouess » c’est de se localiser, déjà dès le départ, il faut chercher sur quelle entrée on est tombés. La 2 eme difficulté c’est de se localiser dans la grotte, et heureusement que la topo est très bien détaillée car des fois on se repère grâce à une indication sur une concrétion ou un gour.


Kef Elkaouss -Algérie

  On continue à progresser, topo à la main, dans le labyrinthe du réseau sud de la grotte tout en se dirigeant vers les points d’interrogation sur la topographie, nous sommes tombés sur une nouvelle petite salle non signalée sur la topo (de la première !!!!) mais sinon ça finit généralement sur des étroitures. Les concrétions de cette grotte sont immenses et on remarque que leur majorité s’est formée sous l’eau, elles ont acquis la couleur blanche. On se propose pendant la pause de donner des noms aux différentes salles de la grotte et c’est pendant cette pause que le vice-président de l’Association de Béjaia, Fateh, nous annonce la visite demain de M. Bernard COLLIGNON, le spéléologue français qui a entrepris, il y a de ça 25 ans, l’exploration et la topographie du réseau sud ainsi que la découverte du réseau nord et c’est à ce moment là qu’on a décidé d’appeler cette salle la salle de « La Surprise ».


Kef Elkaouss -Algérie

Après 7 heures d’exploration, l’équipe sort vers 1 h du matin par une autre entrée toujours dans le réseau sud, on remonte vers le camp de base. Le lendemain matin on est rejoint par Rédha ATTIA, M. Med BELAOUD, M. Malek, géologue ainsi que par M. Rami, géologue et ancien spéléologue, accompagnés de M. COLLIGNON qui nous a expliqué les conditions dans lesquels il a entamé l’exploration de « Kef Elkaouess » des fois tout seul. Nous entrons dans la grotte par une autre entrée pas loin de l’entrée principale, M. Collignon essaye, topo à la main de se rappeler par où passer au réseau nord de la grotte. Après une heure de recherche, Meher arrive à localiser un passage étroit à ras du sol qui correspond à la description du spéléologue français, et qui s’avère le fameux passage. Ce passage est composé par une succession de plusieurs étroiture pour enfin trouver les grands volumes du magnifique réseau nord qui est aussi un labyrinthe. On est tombé sur une formation cristalline étrange qui ressemble à du gypse mais après examen de M. Rami, elle s’est avérée autre chose car le gypse est facilement rayé par l’ongle humain or ce n’est pas le cas. Nous progressons dans ce merveilleux labyrinthe, avec des zones qu’on croyait de la première, des impressions rapidement dissoutes.

  Vers la fin de l’exploration on a pu atteindre notre dernier objectif à savoir atteindre la petite fenêtre qui donne directement sur la mer. Et ce n’est pas chose facile. Sur le chemin du retour, on a passé une bonne demi heure à chercher un passage par lequel on est passé, qui n’est pas étroit mais dissimulé dans le chaos d’un effondrement labyrinthique, on voyait la lumière des spéléologues jaillir de partout pour qu’enfin Fériel nous délivre et trouve la sortie grâce à sa mémoire infaillible.A la sortie, tout le monde était crevé, on a dormi comme des bébés. Le lendemain matin on a salué nos copains spéléologues d’une nuit.

  L’heure du grand départ a sonné, une petite réunion de clôture de l’expédition est organisée sur le campement. Puis cap sur Alger à 580 km, pour y être arrivés à 8h du soir. Nous, délégation tunisienne comme dit toujours Karima, saluons nos hôtes et frères algériens pour leur hospitalité, gentillesse et organisation tout en leur souhaitant bonne route vers Bejaia. La nuit passée à Alger, nous rentrons le lendemain par avion retrouver notre chère patrie après 5 jours d’intense spéléologie, dans des cavités mythique de l’Ouest algérien. Une expédition réussie sur tous les plans, des objectifs atteints et une coopération maghrébine de plus en plus solide. On ne remerciera jamais assez l’Association de Spéléologie et des Activités de Montagne de Béjaia, bravo et à la prochaine.


Récit: Meher Melaouhia


 

Spéléo club de la maison de jeunes de Zaghouan est un club de spéléologie tunisien. le Spéléo Club de Zaghouan vous fera decouvrir des grottes en tunisie avec des paysages inouïs: des roches taillées par l'eau, les stalactites modelées au gré des cristaux, des animaux adaptés à une vie nocturne... Un autre monde, juste sous nos pieds.


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