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Le syndrome du nez blanc (WNS) atteint de nouveaux sommets épidémique


Le mystérieux syndrome du nez blanc (WNS) qui menace de disparition les chauves-souris de l’Amérique du Nord, où il a déjà tué plus d’un million d’animaux, a atteint de nouveaux sommets épidémiques cet hiver au Québec, révèlent les plus récentes données obtenues par Rue Frontenac.

Pour la première fois depuis l’apparition de l’infection mortelle dans la province en 2007, les biologistes du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) ont découvert des carcasses de chauves-souris dans plusieurs sites d’hibernation de l’Estrie, de l’Outaouais et de l’Abitibi lors de leurs inspections hivernales.

« Nous avions trouvé par le passé des individus infectés dans ces régions, mais jamais d’animaux morts en plein hiver. Cela indique que la maladie poursuit sa progression », dit le biologiste Frédérick Lelièvre, coordonnateur à la surveillance des maladies de la faune.

Jusqu’alors épargnée, l’Abitibi-Témiscamingue est maintenant au nombre des régions touchées. Six carcasses de la petite chauve-souris brune, l’espèce de chiroptères la plus répandue au Québec, ont été découvertes à l’extérieur d’une mine abandonnée non loin de Val-d’Or. Une vingtaine de chauves-souris infectées ont été trouvées accrochées en plein hiver à l’extérieur du site sur les parois rocheuses.
Le syndrome du nez blanc est une infection fongique qui se caractérise par l’apparition de taches blanchâtres sur le nez, les ailes et les pattes de la chauve-souris. Photo courtoisie

« Cela en fait le site contaminé le plus au nord à être documenté au Québec. Cette progression vers le nord nous fait craindre une contamination de notre plus gros hibernacle connu au Québec dans les prochaines années, soit le site de l’ancienne mine du lac Rose, où les relevés du dernier inventaire indiquent une population de 9000 chauves-souris », dit le biologiste, précisant que ce site se trouve à une centaine de kilomètres plus au nord, près de Lebel-sur-Quévillon.

Menacée de disparition


Une étude parue l’an dernier prévoit qu’au rythme où vont les choses, le WNS pourrait causer la disparition pure et simple, d’ici 20 ans, de la petite chauve-souris brune. Le MFRN prend la situation très au sérieux, qualifiant la situation d’« enjeu international majeur ».

Et pour cause. Les chauves-souris jouent un rôle écologique d’une grande importance en raison de la quantité phénoménale d’insectes nuisibles qu’elles consomment. Une étude américaine publiée fin mars estime que la disparition de ces mammifères volants aurait un impact de 3,7 à 53 milliards de dollars par année sur l’économie agricole nord-américaine.

Autre région, même constat : en Estrie, les biologistes ont aussi remarqué pour la première fois la présence d’animaux morts à l’extérieur de deux hibernacles. Les analyses en laboratoire ont confirmé que le WNS était responsable de la mort d’entre 10 et 15 individus dans chacun des deux sites. L’an dernier, seules quelques chauves-souris, vivantes mais infectées, y avaient été trouvées. Et tout porte à croire qu’un troisième site est aussi touché par l’infection.

Des spéléologues engagés par le MFRF ont également documenté un nouveau site en Outaouais, à Val-des-Monts, où 51 carcasses de chauves-souris infectées par le WNS sur une population totale de 215 individus ont été notées.

Aucun traitement connu


Seule donnée encourageante, un site inspecté au printemps 2010 dans la même région, puis en décembre, et qui avait révélé la présence de chauves-souris malades s’est avéré vierge d’animaux infectés lors des deux visites subséquentes, ces derniers mois. « Ces observations sont surprenantes, et il sera très intéressant de voir l’évolution de la situation dans ce site l’an prochain », affirme Frédérick Lelièvre.

La progression du WNS ne se fait pas que vers le nord. Elle se poursuit aussi vers les provinces de l’Est. Des biologistes ont annoncé cette semaine qu’ils avaient découvert en mars dans une grotte du comté d’Albert, au Nouveau-Brunswick, 1200 chauves-souris mortes.

Le syndrome du nez blanc est une infection fongique qui se caractérise par l’apparition de taches blanchâtres sur le nez, les ailes et les pattes de la chauve-souris. Un animal infecté est désorienté et adopte des comportements anormaux. Ses réserves de graisse, qui lui permettent normalement de subsister jusqu’au printemps pendant l’hibernation, sont absente ou faibles.

Il n’existe aucun traitement contre cette infection mortelle. Elle serait bénigne pour l’humain, mais les autorités recommandent néanmoins d’éviter de manipuler les animaux infectés, ne serait-ce que pour éviter de transport des spores fongiques dans d’autres lieux et de participer ainsi involontairement à la propagation du fléau.

 

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