Une découverte paléontologique enfouie sous les déchets
Enfouis sous 800 boîtes de Canigou, les canettes métalliques de soda d'un vieux pique-nique, un nid d'ossements, des os de vaches, de chevaux, de veaux, de moutons, de chiens... Les spéléologues ont mis la main sur le cranium d'un ancêtre du bison, une espèce disparue.
Une bête à cornes, nommée bison Priscus, d'après les premières observations, qui aurait vécu entre la période glacière et le XIIe siècle. L'étude que lancent les scientifiques du Muséum d'Histoire naturelle permettra de dater précisément la découverte.
Mais qu'importe la date, c'est un véritable Graal, pour la vingtaine d'hommes encordés, des comités de spéléologie de l'Ain et du Jura, venus faire leur bonne action ces 5 et 6 septembre 2009, au gouffre de la Cabosse, à Divonne-les-Bains.
Une vaste opération de nettoyage ,à 1 200 mètres d'altitude, comme ils le font trois fois par an pour dépolluer des sites de montagne. Une tache ingrate qui s'est révélée être d'une incroyable découverte paléontologique. Certes moins spectaculaire que les traces de dinosaures, découvertes à une centaine de kilomètres, à Plagne, l'an dernier. Mais sous les 2 m³ de déchets, la couleur de l'argile a alerté l'œil averti, fort d'expérience, de ces visiteurs de cavités.
Dater la découverte au carbone 14
« Ça apporte une pierre à l'édifice de la connaissance de la faune sauvage et la conservation du patrimoine », témoigne fièrement Bertrand Valton, responsable de la Commission environnement du Comité de spéléologie de l'Ain. Rassuré que de telles découvertes ne soient pas « ouvertes au pillage pour être revendues sur e-bay ! ».
Pour préserver ces ossements, une déclaration a immédiatement été faite à la Drac de Grenoble (Direction régionale des affaires culturelles). Il s'agit, à présent, d'étudier ce vestige paléontologique et, surtout, de le dater au carbone 14, avant qu'il ne soit officiellement inscrit, par le biais d'une publication scientifique.
Bien qu'aucun engagement n'ait encore été pris, la municipalité de Divonne pourrait financer la datation au carbone 14.
La semaine prochaine, Louis Chaix, scientifique au Muséum d'Histoire naturelle de Genève, rencontrera les gestionnaires de la réserve naturelle de la Haute-Chaîne du Jura, où a été déterrée une partie du cranium. « Nous n'avons que le dessus de ce cranium, avec le début du crâne. Il serait vraiment intéressant pour nous de pouvoir déblayer le reste. Mais ce sont de gros travaux. »
Quelques découvertes similaires ont déjà été faites dans le bassin lémanique, mais c'est la première attestant de la présence de ces bisons dans la région genevoise.

